Témoignage : Il n’avait jamais médité mais a passé 10 jours en silence dans un centre bouddhiste

meditation

Il y a quelques jours j’ai rencontré Ben : un jeune français qui, comme beaucoup de voyageurs, a vécu une expérience spirituelle forte en Inde, ici près de Dharamsala sur les contreforts de l’Himalaya. Ben n’avait jamais médité et pourtant, sa route l’a mené vers le centre Bouddhiste de Tushita où il a passé dix jours en silence. Il nous offre ici son témoignage très personnel mais pourtant ô combien révélateur du chemin, parfois complexe, que peut être une quête spirituelle.

Ça y est, je viens de sortir du monastère Bouddhiste et centre de Médiation Tushita à Daramkot dans le haut de Daramshala, toujours dans les montagnes Himalayennes.

Je suis resté dix jours durant dans un silence quasi total à passer la plus grande partie de mon temps, à apprendre différentes techniques de méditation utilisées par les Moines Bouddhistes Tibétains (et oui je savais pas mais il y existe différentes philosophies Bouddhistes qui varient suivant les pays où elles sont suivies)

Une grande partie des enseignements étaient aussi dédiés à une introduction très détaillée du Bouddhisme Tibétain. Je suis désormais capable de vous conter l’histoire de Siddharta, ce prince né en 563 avant JC, qui trouva grâce à la méditation l’illumination et qui devint Bouddha dans sa première incarnation. Je peux aussi vous dire ce qu’est un Stupa, vous parler des 4 nobles vérités, vous expliquer ce qu’est le Karma, vous parler de la réincarnation et de son cycle appelé le Samsara, vous éclairer sur la signification de la Bodhicitta ou encore de la pratique du Darma.

Bref j’ai travaillé à ma candidature à Question pour un Champion … Si je tombe sur Bouddhisme, je cartonne.

Dressons le décor

Tushita טושיטה

Tushita est donc ce monastère Bouddhiste Tibétain, centre de médiation et de retraite, perché à flanc de montagne au beau milieu d’une forêt de pins centenaires géants. Une colonie de singes y a élu domicile. Une piscine en dure leur est même réservée. Ils sont responsables de l’animation de lieux, rôle dans lequel ils excellent …

Mis à part le chahut permanent des singes, cet endroit reculé de tout est incroyablement calme et paisible, très ombragé. Il y fait frais la journée et légèrement humide le soir. Le Gompa (mot Tibétain désignant la salle de médiation) est grande, très colorée et fastueusement décorée de mandalas, de fresques, de mantras et de phrases écrites en tibétain et en anglais. Au fond, un énorme Bouddha et un hôtel tout aussi de belle taille, avec des photos du Dalaï Lama (entre autres) L’énergie et atmosphère qui règnent dans cet endroit sont à l’image du centre.

En face du Gompa dehors, trône un Stupa (mausolée tibétain qui contient les cendres et les reliques du Lama Yeshe, un des deux créateurs du centre). Le Stupa est un monument très important et très puissant du Bouddhisme. On y tourne autour dans le sens des aiguilles d’une montre en récitant des Mantras comme le plus connu « Om Mani Padme Hum » (puissent la sagesse et la compassion guider mes pas).

Des règles strictes mais bienveillantes

En bon Monastère, il y’a des règles strictes à Tushita. Tout d’abord le silence total est imposé. D’autres retraites de silence plus longues et plus drastiques sont en permanence en cours. Il est formellement interdit du tuer (toute forme de vie bien évidemment), de mentir (ce que le silence facilite drôlement), d’absorber toutes substances toxiques (café, cigarette, alcool, drogue et viande), d’utiliser toute forme de communication et de nouvelles technologies, enfin d’avoir bien évidemment aucune forme de « sexual misconduct » ce qui en pratique veut dire AUCUNE sorte de contact humain. L’ail, les oignons et les sels y sont prohibés.

En forêt donc, le centre est blindé d’insectes en tous genres qu’il faut en permanence surveiller pour ne pas malencontreusement les écraser. Car oui, dans une autre vie ça aurait put être ta mère, ça serait sacrément « bad Karma ».

Du coup les gens, les moines et nones mettent en place des opérations sauvetages périlleux de fourmis ou autre coccinelles qui sur-peuplent le centre… Comique !

De la théorie à l’application

Bon on a beau dire que c’est une philosophie, le Bouddhisme reste une religion avec ses rituels, ses prosternations, ses cérémonies, ces croyances, ses dévotions, ces frustrations.

Pour faire court et parce que j’y reviendrai plus tard, la pratique du Darma (rituel bouddhiste tibétain) consiste grâce à la méditation (sur les thèmes généraux mais récurrents comme la mort de la réincarnation, de la compassion, les conduites Karmiques et l’attachement aux choses et aux personnes) d’atteindre l’illumination ( la fin des souffrances corporelles et de l’esprit) afin de stopper le samsara (cycle de réincarnations) et atteindre le Nirvana (Groupe « grunge » des années 90).

Vous l’aurez compris, l’apprentissage théologique était passionnant mais mon ordination n’est pas prévue dans un future proche ni même lointain d’ailleurs. Cette session, nous étions 106 participants plus de 90 nationalités sont présentes en comptant l’ensemble des occupants. Ça fait du monde. Là encore c’est un sacré nid de personnes incroyables. Les motivations pour participer à ce type de retraite sont clairement particulières. Des gens en quête de spiritualité ou de sens à leur vie, dissimulent bien souvent des destins accidentés et douloureux pour bien des gens.

L’exemple de Burton, 54 ans, Texan, ancien joueur professionnel de baseball gagnant bien évidemment beaucoup d’agent qui un jour a eu un accident de voiture. Sa femme ne s’en est pas sorti, lui est resté plus de deux ans a l’hôpital pour « se reconstruire de la tête aux pieds ». Une fois sorti de l’hosto et d’une profonde dépression, il part au Népal, découvre le Bouddhisme et depuis va de monastère en institutions pour méditer et pratiquer cette religion qui, dit-il, l’a aidé à retrouver un sens nouveau à sa vie… Burton est un exemple parmi pas mal d’autres.

Le silence au cœur de la méthode

Short way to enlightenment

Le silence imposé, (ce que je redoutais le plus) est un des éléments-clés de cette expérience. Au départ c’est dur. T’arrives dans un endroit avec plein de gens, une très bonne énergie se dégage de tout ça et du coup, normal, t’as envie de rentrer en communication, d’en savoir plus mais chacun reste silencieux dans son coin. Donc tu imagines, tu déduis, tu supposes, puis très vite tu fais plus gaffe à l’autre. Tu es toi avec toi-même et seulement toi. Ça simplifie les choses, quand des fois t’as pas envie de parler et de faire d’effort, ici t’as pas besoin.

Mais le silence a une autre vertu essentielle mais bien moins évidente à priori : au bout de trois-quatre jours suivant les différents témoignages (tous concordant sur le sujet), le fait d’être constamment en silence dans ta tête, le tout amplifié par la quiétude et le clame des lieux, tu ne reçois plus un flot perpétuel d’informations parasites qui te sollicitent en permanence à l’extérieur des murs, dans la vie de tous les jours. Ça permet d’atteindre un autre niveau de conscience, dans lequel tu expérimentes et tu ressens une clarté d’esprit jusqu’ici jamais atteinte pour ma part. L’écrire est une chose, le vivre et le ressentir en est une autre. C’est puissant et flagrant. Du coup la nuit tu fais des rêves conscients dont tu te souviens parfaitement le lendemain. Intéressant.

Un autre état de conscience

Ce niveau de conscience est propice à une médiation profonde et efficace. Apprendre la méditation et ses différentes techniques était l’objectif (le mien) principal de cette expérience.
J’ai été royalement servi pendant six jours, 3h30 par jour (la première méditation, de 6H45 à 7h45 du matin quand même) et les trois derniers jours, 6h30 de profondes méditations. SUPER SUPER INTENSE. Pour le corps mais aussi et surtout, pour l’esprit.

La méditation c’est le contrôle de ses pensées. Considérons nos pensées comme un flot perpétuel, comme une rivière qui coule en permanence. Dans notre état de conscience normal nous sommes au milieu de cette rivière. Méditer, c’est se mettre sur le bord et regarder s’écouler le flot de pensées, prendre du recul essayant au maximum de sortir de l’émotion, de l’affect, du sentiment (positif ou négatif) pour analyser et comprendre notre propre esprit et son fonctionnement. Le but étant à terme, de penser et d’agir avec sagesse et compassion, en gros d’être une meilleure personne.

Il y a plusieurs sortes de méditations. La médiation dite de stabilisation, pendant laquelle tu focalises ton attention et ta conscience dans l’instant et le lieu, sur tes sensations corporelles et notamment celles procurées par ta respiration. Puis viens ensuite la méditation guidée dans laquelle Tomy (le prof ) t’emmène à t’intéresser aux différents sujets évoqués plus hauts (je remets pour ceux qu’ont déjà oublié… la mort, la réincarnation, la compassion, les conduites Karmiques l’attachement aux choses et aux personnes, le bonheur ou encore la jalousie, la haine, la colère…)

Le chemin de sa vérité intérieure

C’est la que ça picote. Vicieux le Tomy, il t’amène là où il sait que ça va faire mal. Bien sadique. Et en effet ça chatouille. Tu requestionnes absolument tout ; tes actes, tes choix passées, l’état d’esprit dans lequel tu les a fait, ce que tu en à retiré en terme de contentement ou mécontentement, de satisfaction ou non, de ce qui en a découlé et de la façon d’agir qui aurait été au plus proche de la sagesse sans oublier bien évidemment une dose de compassion. Tu t’intéresses aussi à tes conceptions de la vie, du sens que tu lui donnes, de tes aspirations, de ta propre recherche du bonheur .

J’ai énormément pensé aux miens. J’ai beaucoup médité sur la complexité de concilier tous ces paramètres qui me paraissent essentiels à mon bonheur, pour en faire un ensemble homogène et stable. Bref ça brasse.

Offrande de lumière

Oferenda de Luzes - Tushita Meditation Center, Dharamkot

Pour l’apothéose une cérémonie nocturne extrêmement puissante : l’offrande de lumière (light offering) qui consiste à allumer une bougie (symbole de l’accession au chemin de la connaissance, elle marque la fin de ton initiation) de l’emmener lors dune procession au Stupa pour l’y déposer.

Pendant cette procession nous sommes censés chanter le mantra des mantras OM MANI PADME HUM c’est un moment de pensée positive. Il faut y célébrer les gens qu’on aime, les vivants mais aussi les morts.
Au départ de cette cérémonie je ne me sentais pas à l’aise du tout. Pas fan des trucs religieux comme ça, ça fait secte, ça me convient pas. Mais très vite ça s’est transformé en quelque chose de très fort, en un moment de communion et de spiritualité d’une intensité que je n’avais jamais expérimenté auparavant.

Une fois le déroulement de cette cérémonie terminé nous sommes tous restés, là, certainement à admirer le Stupa illuminé de ses 106 bougies mais pas seulement. C’était surtout un moment de très profond recueillement. C’était palpable.

Voilà sorti ce matin, j’avoue non sans un certain sentiment de liberté retrouvée, mais je crois aussi un peu remué par tout ça. Retour a la réalité donc. Ce texte était particulièrement long, mais comme il était aussi un peu pour moi je me pardonne, y’avait des trucs à lâcher.


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3 Responses

  1. Chazeaux

    Cela donne envie en tout cas, vous avez vu des contraintes la ou je n’en vois pas , peut être parce que je suis sur le chemin qui me mènera à cette conscience, car parfois dans notre quotidien à tous, nous recherchons cette quête consciente ou inconsciente de se retrouver seule sur une ÎLE DESERTE pour se retrouver face à soi même comme un appel . Ces moments que vous avez vécu avec ces moines dans le silence est certainement bien plus riche de sagesse que vos échanges du quotidien qui au final ne vous rapporte pas grand chose non? quelles ont été avec le recul , en quittant le monastère vos regrets si il y a ? Est ce un moment que vous aimeriez reconduire, et pourquoi ? avez vous découvert des partis positives ou noir au fond de vous et comment avez vous réussi à les comprendre ou à les intégré dans votre vous ?
    Merci pour vos réponses et merci pour ce partage, se fut un plaisir de le lire et le relire. Je vous souhaite une merveilleuse journée

  2. AN PAY

    Merci pour votre témoignage, j’attendais un récit comme celui la depuis longtemps, mais question, j’ai entendu que pour la toilette la douche était froide et tres rudimentaire,et que la couche se résume a une banquette dure et une couverture, rassuré moi, j’aimerais tant faire ma retraite, Tu-jay-chay , Dje-yong

  3. Michel conil

    Merci pour ce beau témoignage, sincère et profond

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