RÊVER CHEZ LES BOUDDHISTES, UN ASPECT ESSENTIEL DE LA VIE

C’est bien connu, nous passons une partie conséquente de notre vie à dormir. Environ 25 ans, selon certaines études. Certains penseront que c’est une perte de temps considérable, d’autres que c’est le plus grand des plaisirs.

Les bouddhistes eux, ont une conception bien différente du sommeil. C’est le temps du rêve, qui, de leur point de vue, fait partie intégrante de la vie, de l’expérience spirituelle. Plus que notre conception européenne d’analyse et d’interprétation des rêves (merci Freud et Jung), les bouddhistes voient dans le rêve un moyen de devenir plus conscient de l’illusion de la Réalité, pour, à terme, atteindre l’Éveil.

Penchons-nous sur cette conception vieille de plusieurs millénaires, qui remonte aux origines du bouddhisme Bön.

Rêver en conscience, qu’est-ce que c’est ?

« Rêve » en tibétain se dit « Milam » : « mi » est la manifestation, « lam » est le chemin, la voie. Pour les bouddhistes, le rêve est une dimension de la vie au même niveau que l’activité diurne. Ils le considèrent comme une méditation en soi. Le Yoga du Rêve est un des 6 yogas de Naropa, instructions essentielles transmises par ce maître du bouddhisme tantrique.

Les bouddhistes considèrent qu’il est primordial de « rêver consciemment », c’est-à-dire de rêver en ayant conscience que l’on rêve. Ils affirment qu’une personne incapable de se souvenir de ses rêves est aussi inconsciente d’une portion de sa vie.

Se saisir de son rêve comme d’une création de son esprit permet de prendre conscience que la vie, elle aussi, est similaire à un rêve : elle est formée à partir de nos propres perceptions ; si le rêve n’existe pas réellement, n’est pas permanent et peut disparaître à tout instant, la vie en est de même. Le monde n’est ni solide ni durable, il est un simple jeu de l’esprit.

maya1Bas relief à Ghandara en Inde, représentant le rêve de la reine Maya, conception du Bouddha, du Ier au Ve siècle

 

Maîtriser ses rêves pour ne pas craindre la mort

Cette conception de la réalité permet de comprendre celle de la mort, fondamentale dans la pratique bouddhiste : la mort n’a pas plus de substance que le rêve ou la vie, elle est tout aussi illusoire.

Après l’instant de la mort physique, l’être se retrouve dans le Bardo de la Mort, état d’existence intermédiaire, dans lequel il peut se tourner vers la claire lumière, état de réalisation suprême, ou se réincarner.

Les textes bouddhistes affirment qu’il est essentiel durant sa vie humaine d’avoir conscience de la vacuité et de l’illusion, afin de pouvoir se libérer de l’état intermédiaire et atteindre la lumière fondamentale.

Voici les paroles de Tenzin Wangyal Rinpoche, maître bouddhiste auteur du livre Yogas tibétains du Rêve et du Sommeil :

« Si nous ne pouvons pas rester présents pendant le sommeil, si nous nous perdons chaque nuit, quelles sont nos chances d’être conscients au moment de mourir ?

Examinez votre façon de rêver, vous saurez ce qu’il adviendra de vous à la mort.

Observez votre manière de dormir, vous découvrirez si vous êtes vraiment éveillé ou non. »

Grottes-Dazu-articleGrottes de Dazu Chongqing et les Trois Gorges du fleuve Yangzi, Chine

 

Rêver, une expérience à laquelle ne pas s’attacher

Le yoga du rêve nous permet de comprendre la nature de notre esprit, de dissoudre nos projections : c’est ainsi que nous développons une compréhension éveillée du monde. Cette conception n’est en aucun cas pessimiste, elle ne nous laisse pas seul, vide et petit face au monde et à sa matérialité bien réelle, elle nous rend plus fort pour percevoir la Réalité telle qu’elle est : lumineuse, remplie d’énergie, et sans limites. Elle ne nous extrait pas du monde, elle nous fait être dans le monde.

Nourrir tous les jours sa vie comme une illusion, c’est se détacher de la confusion de l’esprit : en arrêtant de défendre ce à quoi l’on tenait absolument, nous ne sommes plus pris dans les passions et les distorsions, productrices de karma. Les peurs s’effondrent, les réactions d’attachement ou de rejet s’effacent. Tout comme dans un cauchemar où l’on craignait d’être dévoré par les bêtes sauvages, lorsque l’on comprend qu’il n’y a pas de différence entre la cause du danger et celui qui l’expérimente, alors toute dualité cesse. Nous décidons de ne plus mettre notre énergie dans cette peur puisqu’elle n’a aucune existence propre, aucun poids, aucune conséquence. Seuls reste la clarté et le calme mental.

BPWD5G Sculpted reclining buddha figure inside Ajanta caves, Ajanta Caves, Maharashtra state, India

Sculpture de Bouddha allongé, Grottes d’Ajanta, Maharashtra en Inde, vers 450-525

Ainsi, peu importe l’expérience, de rêve, de réalité ou de mort. Les bouddhistes ne cherchent pas à révéler le sens qui travaille l’inconscient durant nos rêves, à en extraire la signification. Toutes les expériences qui composent notre vie sont des méditations pour nous rapprocher de l’état de claire conscience, de félicité. Si l’on parvient à dormir dans la conscience pure, détaché de toute obscurité et de tout rêve, on réalise l’union de la vacuité et de la clarté, qui est l’essence de l’individu et de toute chose existante.

Pour finir, voici une prière, qui résume à elle seule la sagesse bouddhiste :

« Quand l’état de rêve se lève,

Ne reposez pas dans l’ignorance comme un cadavre.

Pénétrez dans la sphère naturelle de l’attention inébranlable.

Reconnaissez vos rêves et transformez l’illusion en luminosité.

Ne dormez pas comme un animal.

Accomplissez la pratique qui mêle le sommeil et la réalité. »


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