Ma première Sang Puja avec une famille Tibétaine

Johanna, voyageuse à la recherche de spiritualité, vous fait découvrir la cérémonie d’un Sang Puja au travers de son récit intime.

C’est incroyable comme l’univers conspire à vous voir prospérer. L’esprit suffocant, incapable de ressentir la joie, je me trouvais la plupart du temps dans cet état de songe, presque léthargique. Le poids des êtres aimés, perdus et la difficulté à vivre dans le présent.

Rien n’anormal pour autant.

Je me trouvais là, quittant une expérience pour me plonger dans les profondeurs d’une nouvelle. En amour avec moi-même et avec ceux qui m’entourent. Plus consciente et proche de mes faiblesses que je ne l’avais jamais été. Ce n’était pas une mauvaise chose, mais parfois un peu lourd à porter.

Je n’étais pas dans le rejet de ces sentiments, mais bien dans l’exploration des profondeurs de la confusion. Chaque émotion méritait sa part d’existence ; et il aurait été indigne de les renier.

Ma voix intérieure me chuchotait que cela passerait, qu’il fallait être patiente.

Alors j’attendais, et je fus envoyée ici. Suivant ma plus proche amie à Dharamsala, en Inde. À seulement quelques kilomètres de là où résidait sa Sainteté le Dalaï Lama. J’ai alors commencé à habiter un petit village au sommet d’une montagne paré de rivières d’eau douce jaillissante, de forêts verdoyantes et où la bienveillance des Tibétains m’entourait. Chaque boutique était habillée d’une photo du Dalaï Lama. Même la salle de billard où je m’étais rendue vendredi dernier, remplie d’hommes tatoués, de rap aux mots violents, de fumée de cigarettes, présentait une photo de sa Sainteté accrochée à ses murs.

Même ce jeune Tibétain au visage orné d’une cicatrice qui s’était rapproché de moi au cours de la partie et qui, comme j’eus tort de le penser, aurait dû rire de mon habilité à manquer chaque boule tirée, mais qui, étonnamment me fit l’honneur de ses instructions pour améliorer mon jeu. M’enchantant par son sourire lumineux dans lequel j’aurais pu me fondre.

Après lui avoir demandé s’il pouvait décrire la personnalité du peuple tibétain, celui-ci me répondit « gentil, patient et paisible ».

Ouaip. Les gens ici sont tout simplement magnifiques. Le fait d’avoir atterri dans un tel endroit au moment où mon cœur avait tellement besoin de repos reste toujours un mystère Et comment ai-je fini au milieu de ce rituel de purification ? Ça ne s’invente pas.

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Je pourrais brièvement décrire l’accueil de ma première Sang Puja, ou rituel, de cette façon:

Il y avait un moine, assis dans un coin ; chantant des mantras. On entendait les tambours battre. Le moine portait cette traditionnelle robe d’un rouge profond, un gilet jaune en dessous, un mala autour du cou. Ô paisible présence. Près de lui, sur une table de chevet, se trouvaient un sanctuaire de Bouddhas et quelques bougies allumées.

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La pièce semblait si propre, presque impeccable, purifiée et remplie d’une douce lumière.

Je partageais cette chambre avec une nonne, un moine et quelques-uns de mes nouveaux amis. La vie me procure ces instants précieux, au moment où mon âme en ressent le plus grand besoin.

La Sang Puja est un rituel ancien qui remonte à plusieurs milliers d’années. En tibétain, « Sang » signifie éliminer, purifier, nettoyer et réveiller.

La purification apportée par ce rituel touche autant les personnes présentes que les esprits aux alentours. Et c’est ce que je trouvais particulièrement beau dans cette cérémonie.

Les premiers invités s’appellent les « Trois Joyaux », Boudhha, Dhama et Sangha. Ayant surmonté de nombreux obstacles, nous leur présentons nos offrandes. Par ce geste, notre sagesse et notre mérite se voient grandis. Ainsi, nous devenons dignes de recevoir leurs bénédictions.

Puis, ce sont les « Trois Origines» qui sont appelées, Lama, Yidam et Dakini. En leur rendant honneur, ils nous accordent leur protection et nous exemptent de tout obstacles, notamment dans notre vie professionnelle.

Ensuite, nous demandons aux protecteurs de la sagesse de nous rejoindre.

Et pour finir, c’est l’énergie qui se nourrit des dettes karmiques que nous accueillons dans ce rituel. On les surnomme les six protecteurs de Samara. En les recevant, ils nous soulagent des obstacles surnaturels et nous aident à payer ces dettes. Puis nous les libérons.

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Oui.

Nous les avons libérés. Il y a quelque chose de particulièrement intéressant dans le fait de faire appel aux mauvais esprits dans l‘unique but de nettoyer leur karma qui montre la bonté de cette culture. Même après de nombreuses discussions et tentatives pour comprendre les fondements de ce qu’être tibétain implique, croyez-moi, je suis encore loin d’avoir tout saisi. J’ai cependant pu noter une caractéristique notable : l’acceptation.

Vous savez, toute ma vie on m’a appris à craindre les mauvais esprits. Mes amis d’enfance et moi, nous avions l’habitude de nous raconter des histoires effrayantes avant d’aller nous coucher ou de regarder ces films qui font froid dans le dos dans lesquels des esprits reviennent de l’au-delà pour réveiller les humains. Pas de chance. Les esprits se voyaient chassés des foyers, des communautés et n’étaient certainement pas les bienvenus à quelque rituel de purification que ce soit. Là est toute la différence. L’acceptation s’immisça dans cette culture. Et là où vit l’acceptation, l’amour et la paix sont libres de prospérer. En effet, l’acceptation est si profondément ancrée dans la culture tibétaine qu’ils accueillent chaleureusement les esprits pour se joindre à des rituels intimes dans leurs propres maisons, conscients de leur besoin d’amour et de libération.

Et maintenant, l’offrande. C’est un feu : il peut être petit ou grand ; ce qui compte c’est qu’il soit propre. Les offrandes se déclinent sous différentes formes, bien qu’elles soient traditionnellement composées d’un mélange de trois ingrédients aux tons clairs, de « trois sangdze » (par exemple du sucre, du miel, de la farine et du beurre) -littéralement traduit par sucreries- d’encens, de cinq tissus de différentes couleurs symbolisant les cinq éléments, de médicaments, d’alcool, de pierres ou de bijoux. En revanche, elles ne doivent absolument pas contenir de viande, d’ail, d’œuf ou d’oignons. Certaines offrandes peuvent également inclurent de la bière ou du vin.

Les offrandes sont placées dans un bol puis déposées à l’intérieur du feu avant d’être réduites en cendres.

Et voilà.

Le Sang Puja.

Cela me projeta à mon propre passé, il y a six mois, alors que tout ceci m’était encore étranger. Je me suis souvenue de ma première rencontre avec des moines en Asie, de mes cris d’émerveillement. Je ne pouvais me détourner de leur présence enchanteresse. J’ai alors pris une photo, y ai ajouté quelques flèches encerclant l’ensemble des protagonistes, la faisant suivre à mes amis, accompagnée d’un court message : « Les moines dans le métro ! ». Je les regardais avec de grands yeux écarquillés, tel un enfant dans un magasin de bonbons.

Je ne pouvais contenir ma curiosité face à l’expression de nouvelles croyances et courants spirituels. Et je ne peux d’ailleurs toujours pas assouvir cette soif d‘exploration.

Et me voilà, plongeant dans différentes cultures.

Je me trouvais au cœur de diverses philosophies du monde. Et ces découvertes m’apprenaient à apprécier tout ce qui m’entoure et compose ce monde. Apprendre à vivre dans le présent. Tomber sur des êtres d’exception qui illustrent naturellement le partage d’un amour et d’une compassion inconditionnels. L’univers me prend dans ses bras bienveillants et me rappelle que la seule constance de cette vie est le changement. Me rassurant, me susurrant que ce chagrin passera aussi longtemps que nous serons ouverts à la lumière et à l’amour, et tant que nous résiderons en nous-mêmes.


Texte et photographie par Johanna Patton


Venez découvrir la culture Tibétaine du Festival Chamanique aux l’Enseignements du Dalaï Lama

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One Response

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    J’ aime, bravo !!

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