Surnommé “Ice man”, il sauve le Ladakh

C hewang Norphel

Voici ce qui pourrait être le titre d’une nouvelle bande dessinée de super héros, mais l’histoire est pourtant bien réelle. Ce surnom c’est Chewang Norphel qui le porte. Il lui a été donné en raison de la façon bien singulière dont il occupe sa retraite : à construire des glaciers artificiels pour préserver sa région himalayenne du changement climatique.

ladakh omalaya

Les glaciers himalayens en péril

Cet homme de 79 ans, ingénieur civil en retraite vient du Ladakh un pays désertique du nord de l’Inde, niché entre deux des plus hautes chaînes montagneuses du monde, le Karakoram et l’Himalaya. Traditionnellement, les Ladakhis vivent au rythme de la fonte des glaciers, qui permet d’irriguer les cultures au printemps. Depuis quelques années, les dérèglements climatiques entrainent des fontes de glaciers de plus en plus importantes. On estime que d’ici à 350 ans ces glaciers himalayens auront complètement disparu. Au Ladakh, les précipitations sont aussi faibles (de 100 à 150 millimètres de précipitations par an) que dans les dunes du désert saoudien. En dehors de l’Indus, cette rivière qui permet d’irriguer quelques cultures aux alentours, les Ladhakis sont entièrement dépendants de la fonte des glaces. Pour 90% des 300 000 habitants du Ladakh, les glaciers représentent la seule source d’eau, pour boire ou irriguer leurs champs.

Omalaya Indus

Le fleuve de l’Indus qui a donné son nom à l’Inde.

 « C’était devenu impossible de faire pousser quoi que ce soit ici, car l’eau arrivait très tard, et comme la saison d’été est très courte, les cultures n’arrivaient jamais à maturité avant la moisson » rapporte Konshop Sherap, paysan du village de Phukse Phu, à Libération.

 

Des solutions inadaptées

Dès les années 60, les gouvernements se sont penchés sur ce problème et ont décidé de faire construire des barrages ainsi que d’immenses réservoirs en béton pour recueillir et redistribuer les eaux de fontes.
A l’époque Chewang Norphel fait partie du projet et remarque déjà que cette solution n’est pas satisfaisante d’un point de vue écologique et entraine des coûts considérables.
C’est alors qu’il a eu l’idée de tirer parti des ressources naturelles et de détourner les ruisseaux jusqu’à des réservoirs artificiels, construits en pierre, qui s’insèrent dans le paysage. Les premières constructions sont visibles à 4500 mètres d’altitudes. Elles sont bâties dans des zones d’ombre pour profiter au maximum des glaces hivernales. Chaque segment de glace est indépendant ce qui permet une redistribution progressive de l’eau tout au long de la saison.

Omalaya Chewang Norphel

©india youth leader

Un succès unanime

Les locaux, qui voyaient d’abord le projet d’un œil sceptique ont aujourd’hui érigé Chewang Norphel au rang de héros. Les cultures se sont intensifiées grâce à ce projet et la vie quotidienne dans ce désert d’altitude s’en trouve facilitée. Aujourd’hui on compte plus d’une vingtaine de barrages de la sorte au Ladakh et le projet a pris toute son ampleur, notamment grâce à l’association « Leh nutrition project ». A terme, Chewang souhaite que chaque village dispose de son propre dispositif pour pouvoir être autonome. La construction de chaque glacier artificiel coûte environ 1500 €, soit quinze fois moins que les réservoirs de capacité similaire qui ont été construits par le gouvernement jusque-là. Chewang a reçu en 2010 le prix récompensant le travail d’un citoyen incarnant les valeurs de Gandhi.

Voici comment l’idée et l’énergie d’un seul homme peuvent contribuer à changer la vie de centaines de personnes et être décisifs dans la lutte contre le changement climatique. Ice man n’est-il pas digne de rentrer dans le panel des supers héros Marvel ?


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2 Responses

  1. Céline

    WaW!! J’admire son ingéniosité!!

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