Naissance d’une chamane, comment devient-on un canal entre le visible et l’invisible ?

Lhamo Tsewang raconte son histoire. Comment une femme gardienne de troupeau dans les hautes montagnes himalayenne devient chamane renommée ? Comment découvre t-on ses dons mystiques ? Comment les apprivoise t-on pour ne pas se laisser contrôler par les forces invisibles qui se manifestent à travers nous ? Comment apprendre à faire le bien et à soigner ceux dans le besoin ? 

A travers l’histoire de Lhamo Tsewang, c’est l’histoire de centaines de femmes et d’hommes qui apprennent de manière plus ou moins brutales leurs capacités hors du commun. Partons à la rencontre de cette femme chamane dans la tradition tibétaine.

« C’est l’Histoire de Tsewang Sherap, femme ordinaire au destin extraordinaire que j’ai choisi de vous raconter aujourd’hui. À travers son histoire, c’est celle du chamanisme tibétain que j’aimerai partager avec vous.

Découvrir son don : un rite initiatique souvent inattendu

L’histoire de Tsewang Sherap se déroule au Ladakh, région située sur la pointe nord de l’Inde offrant des paysages lunaires inégalés au climat désertique. Une rivière sacrée traverse cette région : l’Indus qui prend sa source au Mont Kailash au Tibet. L’Indus serpente majestueusement à travers les vallées de deux des plus grandes chaînes de montagnes du monde, traversant des lieux fortement chargés d’énergies spirituelles car consacrés durant des siècles par de nombreux saints bouddhistes, érudits, mystiques, gurus et pèlerins.

Beaucoup de nomades tibétains ont trouvé refuge sur cette terre d’accueil dont la culture est très proche des traditions tibétaines. C’est dans une de ces familles que Tsewang Sherap est née et a grandi. Descendante d’une lignée de chamanes dont le don ne se transmettait qu’aux hommes, elle vécut une enfance paisible et grandit en tant que bergère au milieu de ses bêtes, perchée dans l’Himalaya.

Un jour, à l’âge de 30 ans, alors qu’elle était seule aux pâturages avec son troupeau, elle entra soudainement en transe. Consciente d’appartenir à une lignée de chamanes, elle réalisa petit à petit qu’elle devait être la première femme de sa lignée à recevoir en héritage le pouvoir lui permettant de se connecter à une énergie puissante.

Se former, apprendre avec humilité pour travailler “en équipe” avec l’autre monde sans se laisser contrôler

Suivant la tradition, elle partit alors à la rencontre d’un Lama tibétain afin de trouver un refuge spirituel et recevoir l’initiation lui permettant de s’ouvrir à cette énergie singulière.

En effet, pour que le chamane soit authentifié comme tel, il doit se livrer à l’initiation de la cérémonie d’ouverture des chakras réalisée par un grand Rinpoche, maître bouddhiste. Cela permet d’assurer d’une part que la possession du chamane par la divinité protectrice se fait en douceur, et d‘autre part, que le chamane ne soit pas possédé par d’autres forces indésirables pendant la transe. Il peut en effet parfois arriver que des esprits peu connus ou inconnus (parfois venus d’autres religions) puissent prendre contrôle du chamane.

Dans le cas de Tsewang Sherap, c’est Tsetrul Rinpoche, qui est à la tête de la tradition Nyingmapa, qui fut désigné pour donner l’initiation. Durant celle-ci, il fut révélé que l’énergie que recevait Tsewang provenait directement de la déité protectrice du lac de Mansorover dans la région sacrée du mont Kailash situé à l’ouest du Tibet. Ceci viendra confirmer que ce don avait bien été transmis par ses ancêtres, car on ne devient pas chamane, on naît comme tel.
L’identification par un Lama de haut rang est très importante car l’énergie qui entre en connexion avec le chamane doit être canalisée afin d’être utilisée uniquement pour la noble cause de venir en aide à autrui.

Une longue formation commence alors, au sein de monastères séculaires, souvent sous la guidance d’un oracle expérimenté, d’un yogi ou d’un Rinpoche. Tsewang Sherap étudia les écritures bouddhistes, la méditation et les méthodes pour devenir le réceptacle d’esprits et de divinités.
Ainsi, elle est devenue canal entre ce monde et l’au-delà.

Apprivoiser les déités avec qui le chamane est connecté

Les chamanes tibétains peuvent être possédés par plus d’une énergie.
Dans le cas de Lhamo Tsewang, en plus de la Déité de Mansorover, elle reçoit également l’énergie émanant de Palden Lhamo ou Sri Devi, la divinité protectrice féminine la plus importante du Tibet. Ce n’est alors pas Sri Devi elle-même qui entre dans le corps de Lhamo, mais plutôt l’énergie qui est associée à la protectrice. Lorsque l’on s’adresse aux protecteurs à travers le chamane, celui-ci ne se sert de cette énergie que pour apporter son aide et non pour blesser.

La tradition du chamanisme tibétain est peu connue dans le monde, bien que cette pratique existe depuis très longtemps au Tibet. Elle puise ses origines dans la tradition Bön qui existait avant l’apparition du bouddhisme sur le toit du monde. Les rites et rituels du chamanisme tibétain font partie de la culture de tribus animistes et de cultes chamaniques venants d’Asie centrale, de Chine et de Mongolie.
Le chamane, qui peut aussi bien être un homme (Lhawa) qu’une femme (Lhamo) prodigue des soins, et se fait oracle en livrant des prophéties et des divinations, il peut également jouer le rôle d’exorciste ou de guide spirituel en fonction des besoins du patient.

Dans la communauté tibétaine au Ladakh, on observe une cohabitation harmonieuse des anciennes traditions chamaniques et du développement de hautes études du bouddhisme et des sciences de l’esprit. Dans le monde moderne la culture rationnelle nous éloigne des sagesses anciennes de ce monde, alors que celles-ci peuvent être utilisées comme un pont pour une relation harmonieuse avec l’environnement naturel et les relations entre êtres humains. Le chamane est un élément important pour faire le lien avec le monde énergétique.

S’engager à faire le bien, soigner les corps et les âmes dans la bienveillance

Aujourd’hui Lhamo Tsewang est âgée de 48 ans et chaque jour elle transforme sa petite chambre en espace de soin pour la communauté. Nombreux sont ceux qui font appel à son aide. Elle se pare d’une robe multicolore et d’une coiffe portant le symbole des cinq éléments (eau, feu, air, terre, esprit ou espace) qui constituent le potentiel de l’univers et de chacun. Cela symbolise également les cinq familles de Bouddha. Enveloppée dans un voile d’encens de genièvre, elle prie et chante haut et fort, en se balançant d’avant en arrière sur ses genoux, faisant ainsi signe à l’énergie d’entrer dans son corps afin d’aider les êtres de ce monde. Les chants, les prières, les tintements de cloche et les coups de tambour débutent la cérémonie. Ces rituels lui permettent de se plonger en profondeur à l’intérieur d’elle-même pour rencontrer les énergies profondes de l’âme et du corps, afin d’entrer en contact direct avec le monde énergétique.

Au moment où elle reçoit l’énergie dans son corps, son esprit se met à fonctionner au delà du temps et de l’espace. Cela lui permet de donner des réponses à des questions directes et permet de diagnostiquer la cause de la maladie qui conditionne le déséquilibre énergétique.
Puis, elle recommande une procédure pour un rituel transformatif afin de restaurer l’équilibre harmonieux des énergies entre l’individu et son environnement naturel. »

Dans sa vie quotidienne, Tsewang est une femme très douce et une guide bienveillante qui a fait confiance à Tashi pour créer un voyage exceptionnel autour du chamanisme tibétain au Ladakh. Rencontrez et laissez vous guider par Lhamo lors de notre prochain séjour chamanique sur les terres sacrées du Ladakh. 


Tags: , , , ,

Comments are closed.

Découvrez d'autres
articles, vidéos, évènements
et bien plus...

Scroll To Top