Kumbh Mela — Pélerinage rituel et festival de la démesure

Des dizaines de millions de pèlerins hindous réunis pour témoigner leur foi et s’immerger dans les eaux sacrées – bienvenue à la Kumbh Mela, le plus grand rassemblement humain au monde. Inscrit à la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, ce festival sacré a traversé les siècles pour devenir l’événement hors norme qu’il est aujourd’hui.

« Tous les douze ans, l’Inde tout entière frémit ; les villages s’agitent, les monastères se vident, des grottes de l’Himalaya descendent des ermites nus barbouillés de cendres, de la côte de Malabar, du cap Comorin, du golfe du Bengale, des monts Vindhya, du désert du Thar convergent des charrettes de toutes sortes, des cortèges de moines, des bandes de chemineaux, des troupes de lépreux, des suites de rajahs, des coches bondés de femmes cachées par des rideaux blancs, des trains pleins de citadins, une foule prodigieuse assoiffée de sainteté : les pèlerins de la Kumbh-Mela. » — Mircea Eliade, L’Inde

 

Un rassemblement rituel

Le début du pélerinage est marqué par l’arrivée de croyants par milliers, lors d’une grande procession cérémonielle nommée Peschwai. Ce grand défilé de marcheurs est accompagné de chevaux, chameaux ou éléphants et de chariots, voitures ou palanquins. Sous une pluie de pétales, les premiers sont les Naga Baba, les sages nus pour qui la nudité opère une séparation vis-à-vis du monde matériel, et que certains, les Naga Sanyasis ou saints nus, respectent même au coeur de l’hiver.

Les Sadhus (ascète) de chaque Akhara (secte) descendent dans la rivière en se succédant dans un ordre codifié avant de laisser place aux autres croyants. S’immerger dans les eaux, c’est nettoyer ses péchés sur quatre-vingt huit générations passées. Après les ablutions, les pèlerins recouvrent leurs corps de cendres, reçoivent la bénédiction des Sadhus et participent au Darshan, la contemplation rituelle. Le festival représente aussi l’occasion de discussions religieuses, de chants sacrés et de moments de partage.

Dates astrologiques, lieux mythologiques

Suivant des méthodes astrologiques, la Kumbh Mela a lieu tous les trois ans de manière circulaire entre Prayag, Haridwar, Nashik et Ujjain. L’Ardha (demie) Kumbh Mela revient tous les six ans à Prayag et Haridwar, la Purna (complète) Kumbh Mela tous les douze ans sur un site donné. La Maha (grande) Kumbh Mela revient, quant à elle, uniquement… tous les cent quarante quatre ans. La dernière en date, en 2013, a rassemblé plus de cent millions de personnes sur deux mois de célébrations.

La Kumbh Mela prend ainsi place :
– à Prayag (ou Allahabad) dans l’Etat de l’Uttar Pradesh, aux confluents du Gange et de la Yamuna avec la Saravasti (rivière légendaire), au mois de Magha (janvier-février) lorsque Soleil et Lune entrent en Capricorne et Jupiter en Bélier à l’Amavasya (nouvelle lune), ou lorsque le Soleil entre en Capricorne et Jupiter en Taureau ;
– à Haridwar dans l’Etat de l’Uttaranchal, dans les eaux du Gange, au mois de Chaitra (mars-avril) lorsque le Soleil entre en Bélier et Jupiter en Verseau.

Elle est aussi appelée Simhastha (en lien avec le Lion) lorsqu’elle prend place :
– à Ujjain dans l’Etat du Madhya Pradesh, dans les eaux de la Shipra, au mois de Vaishakha (avril-mai) lorsque le Soleil entre en Bélier et Jupiter en Lion, ou lorsque Soleil, Lune et Jupiter entre en Balance à l’Amavasya ;
– à Nashik dans l’Etat du Maharashtra, dans les eaux de la Godavari, au mois de Bhadra (août-septembre) lorsque Jupiter entre en Lion, ou lorsque Soleil, Lune et Jupiter entrent en Cancer à l’Amavasya.

 

Des origines sacrées et rituelles

A la source de ces célébrations, la Kumbh (coupe, cruche) Mela (fête, festival) aurait été une cérémonie destinée à s’attirer les propices de la fertilité, la coupe étant le symbole de la matrice du monde, de la déesse-mère, de l’utérus féminin. Lors des premiers rituels, des pots de grains étaient plongés dans les eaux et laissés à germer.

Ses dates d’origine sont incertaines. En 644, l’empereur bouddhiste Harsha invite à Prayag le voyageur chinois Xuanzang qui décrira un rituel au confluent de deux rivières, où des centaines de croyants se baignent pour se laver de leurs péchés. Au VIIIe siècle, le réformateur hindouiste Adi Shankaracharya y réunit des sages et des saints de différentes régions, afin de rassembler les croyants et de renforcer leur religion.

Les textes fondateurs de l’hindouisme racontent la légende de Samudra Manthan (barattage de la mer de lait), dans laquelle les Devas (dieux) et les Asuras (démons) s’étaient associés pendant un millénaire pour concevoir l’Amrita, le nectar d’immortalité, à partir de la Ksheera Sagara — la Voie Lactée.

Dans des ajouts plus récents, on raconte que les Asuras s’enfuirent avec la Kumbh (coupe) de nectar, pourchassés par les Devas avec qui ils combattirent dans les cieux pendant douze jours et nuits divines, soit douze années humaines. Lors de la bataille, quatre gouttes d’Amrita tombèrent sur quatre lieux : Prayag, Haridwar, Ujjain et Nashik, où est aujourd’hui célébrée ce festival sacré et rituel.

Participer à la Kumbh Mela, c’est entrer en immersion dans les croyances et les festivités des peuples hindous. Si vous souhaitez voyager dans ces terres sacrées et découvrir la Kumbh Mela lors d’un voyage conçu sur-mesure, contactez-nous à l’adresse suivante :

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