Interview introspective avec Grégory Mutombo

La rencontre entre Omalaya et Grégory Mutombo s’est faite en 2016. Deux belles aventures ont été réalisées, Voyage initiatique au Ladakh et Rencontre intime avec la Vérité de l’être en soi au cœur de la ville lumière de Varanasi, en 2017. De ces échanges sont nées les plus belles expériences de voyages, celles qui durent et qui transforment durablement les cœurs des voyageurs. Emil, stagiaire chez Omalaya a eu l’opportunité d’échanger avec Grégory sur son parcours, ses expériences, ses voyages, dont son plus beau : celui de sa propre vie. Sans détour, la conversation est allée à l’essentiel, celle où le cœur parle, où les mots résonnent en chacun d’entre nous.

L’intimité de ma première question annonce la couleur très introspective de cette interview. Vous évoquez, au sein de vous-même, une nature profonde et essentielle qui exprime la nécessité de l’unité et de l’absolu. Savez-vous comment celle-ci s’est révélée à vous ?

Depuis mon plus jeune âge, j’étais en questionnement, en attente de la confirmation de ce que je ressentais, de ce que je pressentais, dans un état intérieur qui transcende ce que les cinq sens donnent à voir.

Mon père vient du Congo-Kinshasa, nous y sommes partis alors que j’avais onze ans. L’Afrique vivante et vibrante, c’est une expérience extra-sensorielle en soi, une forme d’initiation.

L’appel du cœur permet d’avoir une guidance, qui nous amène à faire le lien entre la connaissance et l’expérience; ce qui m’a amené assez rapidement à avoir des livres sur mon chemin, et à rencontrer des personnes qui avaient la même soif que la mienne.

En 1995, vous avez décidé de gagner les montagnes de Bulgarie, autour des sept lacs de Rila. Auriez-vous imaginé que ce voyage initiatique n’était alors que le début d’un autre, celui de votre vie entière ?

Quand cette proposition m’est apparue, j’ai souhaité répondre à cet appel, à cet élan. Je crois que toute chose se préfigure d’elle-même, sans avoir à les convoquer par l’effort ou la demande.

La terre est un voyage initiatique ; où que l’on soit, il est possible de faire l’expérience d’une initiation. Si le voyage est une matière initiatique, c’est bien parce qu’un changement de décor radical entraîne une perte des repères, et favorise l’initiation.

Dans une tranche de vie précédente, entre mes 20 et 38 ans, ayant fait de nombreux tours du monde, j’étais amené à être dans des endroits très particuliers, peu touristiques : dans une perte totale de repères, il m’a fallu faire corps avec ces terres d’accueil hostile, revisiter mes peurs, les peurs de l’autre, la peur de mourir, la peur de l’inconnu…

∼ J’ai fait l’expérience que le seul point de jonction était, non pas de se crisper, dans un repli identitaire, mais de faire corps avec l’endroit, aussi confrontant puisse-t-il m’apparaître. ∼

Au cœur du risque, de la guerre, c’est une invitation forte à changer totalement de regard et ne plus voir le danger au-dehors de soi et, à chaque seconde, offrir une main tendue pour s’unifier avec ce lieu, ce décor.

On peut imaginer que c’est pour ces mêmes raisons que vous avez guidé aujourd’hui des voyages spirituels. Selon vous, quel est le lien entre voyage et spiritualité ? Quels enseignements, quelles expériences souhaitez-vous partager à travers eux ?

Mon premier voyage organisé s’est déroulé au Maroc ; j’y ai encadré un groupe dans un endroit isolé, au fin fond des montagnes.

Un voyage n’est pas nécessaire, mais il est utile. On peut vivre la même chose chez soi, dans son appartement… mais un voyage, c’est utile pour sortir d’un cadre, dans lequel on a une zone de confort, pour sortir de ces habitudes, dans lesquelles on est à l’aise. Sortir d’un monde connu, limité, est une invitation à poser un regard neuf sur l’extérieur… mais avant tout, sur soi. J’y vois l’utilité de se voir, de manière différente : plus haut, plus en profondeur, en utilisant cet artifice qu’est le changement de décor extérieur. Chacun est libre : dans ma proposition, je ne peux offrir que 50% du parcours.

∼ On connaît les résistances de l’égo à lâcher son connu, à lâcher une identité qu’il pense être protectrices, qu’il faudrait défendre, mettre en avant.∼

J’en ai vu qui survolaient le lieu, comme ils survolent leur intériorité, dans la part de folklore que contient la démarche spirituelle. D’autres, dès les premières secondes, s’offraient une rencontre profonde avec leur vérité intérieure.

Vous avez écrit de nombreux essais et romans. L’écriture elle-même aura-t-elle été pour vous une matière initiatique ?

Je considère mon écriture comme une conférence ; je ne sais jamais quels sont les mots qui vont m’apparaître. Pas d’idée ou de plan : je suis l’écrit, je suis témoin de ce que j’écris. C’est une façon de mettre en forme, littéralement, l’esprit.

∼ Il n’y a pas de différence entre peindre un tableau, composer une musique, chorégraphier ou écrire… c’est une manière de révéler, d’offrir, de délivrer ce qui nous traverse.∼

L’écriture permet de Relever une partie de l’insondable que chacun porte à l’intérieur. Chacune et chacun a accès à cette source-là, le fond est la vérité pointée et partagée par tout le monde. L’écriture est un moyen, un vecteur qui n’est pas la Vérité, mais qui pointe vers cette vérité que nous sommes tous.

∼ Le curseur est-il dans la tête, ou dans le cœur ? Dans le mental, il serait prémédité, réchauffé, mécanique… réfléchi, dans le sens de comparé. Analytique. L’inspiration doit amener à l’expiration : c’est le moment du partage. Ça ne peut être que comme cela — le cœur est l’organe de la respiration ! Sinon, les mots émanent de l’ego mental qui analyse et compare, dans un temps linéaire, qui ne touche pas le cœur, et ne permet pas la possibilité de la rencontre.∼

À chacun de sentir en lui cet espace ; est-ce que ça résonne, est-ce que ça amplifie le bruit mental, ou est-ce que ça m’invite à sentir, dans mon cœur, cette dimension originelle ?

À chacun de sentir ces fleurs de lotus que sont ces œuvres d’art qui émanent de la sphère cardiaque, sans passer par l’intellect.

Vous êtes entré dans une carrière militaire afin d’en suivre les rites d’initiation. Qu’est-ce que l’armée vous aura appris ? Vous parlez de maintien de la paix, de respect de la vie, de sens du service et du sacrifice. A votre tour, quel est l’idéal que vous avez souhaité apporter dans les rangs de l’armée ?

L’armée est bien le dernier endroit où je serais allé à 19 ans ;après la Bulgarie, j’étais dans une volonté de me retrouver dans des ambiances et environnements plus ésotériques et spirituels.

Dans ce temps d’introspection, c’est l’armée qui m’a attiré. En osant aller contre les réticences du mental et au-delà des zones de confort, j’y ai vu des initiations. Et une vérité : celle que la paix ne s’obtient pas par l’affrontement. Il n’y a jamais d’autre ennemi en-dehors de soi ; la seule nécessité est celle de réaliser la paix en soi.

J’avais l’obligation contractuelle de me soustraire de toute idée ou croyance que la peur pouvait avoir une cause véritable en dehors de moi. En Afghanistan, je me suis donné comme mandat de me sentir là-bas comme si j’étais chez moi. Plus aucun pouvoir donné au décor, à ce que les gens perçoivent : je devais faire un avec cet environnement.

Nous sommes des émissaires de paix et de lumières ; tout ça émane du centre ; l’action est une conséquence, jamais un moyen.

Avec des expériences multiples par la présence, on ensemence une réalité paisible. Ce n’est jamais en gesticulant pour sauver quiconque et en voyant hors de soi des coupables et des ennemis que le monde change. On est là pour incarner le changement qu’on veut voir apparaître dans ce monde. 

C’est aussi le moment de concevoir ce qu’on appelle la mort : est-ce fin de tout ? qu’est-ce qui subsiste ? est-ce que je crois en cette idée de la mort ? Cet événement, cette circonstance de la fin du fonctionnement du corps… il fallait se confronter à ce phénomène, transcender ces aspects de dualité, de peur, de mort, d’hostilité, d’efforts dans le but d’obtenir un résultat en-dehors…

Quel meilleur endroit pour réaliser la paix en soi… que le champ de bataille ?

∼ Il est facile de méditer dans un environnement silencieux, il est facile d’être en paix lorsqu’on est entouré d’une expression apparente de la douceur… mais comment maintenir la paix intérieure réelle quand, autour de soi, ça explose, ça meurt, ça crie, ça pétarade ? ∼

On peut trouver la paix sur le champ de bataille. Cela, j’ai souhaité le partager ; non avec la tête, mais avec ma vibration.

Pendant dix-huit années, vous avez vécu autour du monde, notamment dans les terres africaines (Sénégal, Mauritanie, Guinée, Centrafrique), sud-américaines (Amazonie) et asiatiques (Afghanistan), les îles comoriennes et océaniques…

Comment avoir foi en soi et en l’avenir devant l’humanité en détresse ? On vous décrit comme un observateur éclairé de l’ombre. L’expérience de la solitude, du service, du sacrifice n’est-elle pas un risque sur la quête de la lumière ? N’en revient-on pas avec les cicatrices de la peur et de la peine ?

Ces cicatrices seront les traces, les empreintes d’expériences qui ont pu toucher le corps et le champ mémoriel. Elles peuvent demeurer un poids, une souffrance, lorsque demeure l’idée d’être quelqu’un ayant vécu quelque chose de manière séparée.

Dans l’instant de l’expérience, lorsqu’elle est très confrontante, on ressent une douleur extrême ; on ne se sent pas au bon endroit, au bon moment…on vit quelque chose contre notre gré, que l’on subit… ayant été victime et non acteur de cette expérience, n’étant pas été créateur des circonstances, de ce champ expérientiel ouvert à soi.

Les cicatrices physiques sont aussi dans le champ mémoriel : elles racontent des événements multiples et variés qui ont parsemé notre itinéraire.

Ceux que j’ai pu vivre, je les raconte comme un film de cinéma. Ce sont des informations neutres, qui servent à illustrer un récit, une conférence, pour appuyer et valider le fait que ce mouvement d’expression de la paix en soi peut se réaliser en TOUTE circonstance.

∼ En guerre, nous sommes des exécutants, au sens du terme. Subissant hiérarchie, chocs et coups. Nul être ne peut vivre une expérience qu’il n’a pas préparé en amont dans sa conscience. L’expérience prête à vivre.∼

Mais la guerre est aussi dans le couple, dans le travail, avec les parents… Les blessures ne perdurent seulement parce qu’on se voit plus petits que l’expérience qu’on se donne à vivre. On se prend pour ce petit personnage qui dit : j’aurais voulu autre chose, j’aurais voulu ne pas vivre ça… L’humain est maintenu dans cet état de blessures, de rancunes, d’amertume…

∼ La conscience de l’instant présent, cette divine orchestration qui se joue dans chacune de nos respirations, soulage l’idée de blessure. Ça ne prive pas de ressentir dans nos cellules les coups, les chocs, les frictions et les résurgences émotionnelles… Il n’y a pas de blessure au sens énergétique, mais seulement une empreinte qui sert à déployer plus d’amour.∼

Vous avez écouté et guidé des dizaines de milliers de personnes à ouvrir leur cœur et leur âme. A votre tour, quel serait le premier conseil que vous donneriez à celui qui cherche la lumière ?

Arrête de chercher, tu es déjà la lumière.


Pour suivre toutes l’actualités de Grégory Mutombo,  la sortie de son livre, Le feu de l’Esprit, et de son film,  Ce que nous sommes, rendez-vous sur son site internet.

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3 Responses

  1. Kix Muriel Louise

    Merci de tout coeur Monsieur Mutumbo

  2. Muller Jean Philippe

    Merci Gregory !

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